Et si cette année je n’avais rien à préparer en arts ? Partie 2

Ecrit par Sophie

Une séquence de A à Z

Dans l’épisode précédent, Sophie préparait le terrain pour des séances d’arts qui dépotent. De l’acquisition d’un savoir-faire à la découverte d’oeuvres connues, elle expliquait l’importance de sensibiliser les élèves à l’art, pour qu’ils réalisent un jour leur propre projet.

Cette semaine, Sophie nous fait assister à une séquence de A à Z. Enfilez votre blouse de peintre, nous passons à l’action.

Pssst… Pour que vos élèves mémorisent un artiste et son oeuvre,  glissez-leur de petites anecdotes sur sa vie ou son époque. Vous en trouverez par ici.

J’ai pris l’habitude, quel que soit le niveau, de suivre le même déroulement pour une « séquence » (je mets le mot entre guillemets parce que chez moi, une séquence peut ne faire qu’une ou deux séances, et rarement plus de trois).

La présentation de l’oeuvre

Ce peut être aussi plusieurs oeuvres. Je demande alors aux élèves de deviner pourquoi je les leur montre ensemble, quels sont leurs points communs ou ce qui les oppose.

C’est parfois un exemple de travail fini que j’ai préparé à l’avance pour eux.

Modèle de bricolage

Modèle de bricolage à base de papier calque, réalisé par l’enseignante

Dans tous les cas, je prends un moment pour les laisser regarder, poser des questions et décrire ce qu’ils voient.

Après cette découverte, je résume les informations en une affichette comme celle-ci :

affichette Vélasquez

Affichette pour résumer les nouvelles connaissances

En fonction de ce qui a le plus intéressé les élèves, mais aussi de ce que j’ai prévu pour la suite, j’insiste sur un aspect en particulier.

Par exemple, certaines années, la classe va s’intéresser davantage à la robe de la princesse du tableau alors que d’autres classes vont remarquer qu’elle prend toujours la même pose et semble s’ennuyer.

Si nous sommes en train de travailler en français sur les adjectifs qualificatifs, je me débrouille pour faire remarquer ceux que les enfants vont spontanément employer pour décrire l’oeuvre, et si la séance d’arts qui va suivre porte sur le mélange de couleurs je fais remarquer le contraste entre le premier et le second plan.

J’en profite pour glisser une anecdote sur l’artiste ou son époque parce que cela leur permettra de s’en souvenir.

Las_Meninas_coupe

Les Ménines de Diego Velázquez

Je prends aussi quelques secondes pour montrer, ou faire désigner par un volontaire, l’époque de l’oeuvre sur la frise chronologique de la classe.

Il n’est pas question de faire apprendre par coeur quoi que ce soit, mais simplement de poser quelques jalons. Tant pis si l’année suivante, devant un Picasso, les élèves se souviennent vaguement d’avoir vu ce tableau mais ne se rappellent pas le nom du peintre, ils l’auront au moins « oublié une première fois » ce qui ne peut pas leur faire de tort.

Au fur et à mesure de l’année, les élèves acquièrent quelques habitudes, ils sauront décrire plus précisément ce qu’ils voient :


— Y a une dame sur l’image.
— C’est un art.

Le langage de certains élèves au début de l’année est pauvre, il ne faut pas désespérer… Tout est progressif !


— C’est une peinture/un tableau.
— C’est le portrait d’une femme.

Puis, les élèves expriment plus précisément ce qu’ils trouvent remarquable dans l’image. Ainsi…

— Celle-là, elle est plus jolie par rapport à celle de l’autre jour, on voit mieux.
— Même pas vrai, l’autre elle était mieux, y avait des couleurs.

…  se transformera en :

— L’image ressemble plus à une photo que la dernière fois, c’est plus ressemblant.
— Oui, mais moi je préférais les couleurs vives que nous avions vues dans le tableau de Picasso.

Le temps d’observation est donc essentiel pour permettre aux élèves d’affiner leur vocabulaire.

La présentation du projet

A la fin du premier trimestre, je conclue le moment d’observation en disant par exemple :

Il s’agit d’un tableau peint par Vélasquez à la peinture à l’huile. Cette fillette était la fille du roi d’Espagne. Le peintre a fait son portrait plusieurs fois, à plusieurs années d’intervalle pour que son fiancé puisse la voir.

En janvier, je demande aux élèves “qu’est-ce que cette image ?” et j’attends qu’ils répondent qu’il s’agit d’une peinture à l’huile, plus précisément d’un portrait, et qu’ils restituent ainsi d’eux-mêmes ce que nous avons dit à propos de l’oeuvre.

J’enchaîne en leur présentant ce que nous allons faire sur ce thème : en utilisant une technique semblable, ou en représentant, à notre tour, un portrait, un paysage, une nature morte,…

J’explicite toujours le lien entre ce qui a été vu et ce qui sera fait, mais en ne faisant pas semblant de croire qu’ils vont « peindre comme Léonard de Vinci  » ou « sculpter comme Rodin » ni même « faire des rayures à la manière de Buren ».

Je leur dis plutôt :

À l’école, nous ne sommes pas de grands artistes qui avons appris notre métier depuis des années, nous n’avons pas autant de matériel ni autant de temps devant nous, mais nous allons aussi faire un portrait / utiliser des aplats de couleur / modeler une figurine / dessiner un animal…

Je leur présente alors :

  1. La consigne générale (ce à quoi ils doivent parvenir)
  2. Le matériel nécessaire (si certains outils ont déjà été utilisés, je demande aux élèves de rappeler la façon dont on s’en sert)
  3. Les grandes étapes de réalisation
  4. Les « règles d’or » de la classe en arts plastiques (le soin accordé à son travail et aux outils du travail scolaire, la discipline nécessaire pendant le travail, l’obligation de ranger les lieux par la suite)

Mise en activité

C’est la partie la plus longue : la mise en activité peut prendre plusieurs séances au cours d’une même séquence.

On peut facilement partager la classe pour faire de la lecture en petits groupes pendant que les camarades s’affairent sur leur réalisation plastique…

Photo élèves qui dessinent

Quelle concentration lorsque la séance est lancée !

L’inverse (l’enseignant reste auprès des élèves qui patouillent pendant que les autres font des exercices d’application en français ou en mathématiques) est tout à fait possible.

C’est surtout possible en cas d’activités qui demandent la surveillance constante d’un adulte ou qui ne sont pas réalisables en classe entière en raison du manque de matériel (par exemple si on a seulement 5 emporte-pièces pour réaliser un objet en terre, on ne peut pas faire l’activité avec 25 élèves en même temps).

Cependant, la plupart du temps, mes séances d’arts visuels se passent tout de même en classe entière :

  • pour des raisons pratiques (petites salles de classe, activités qui peuvent produire de l’agitation, surtout si on laisse les enfants « en autonomie »),
  • mais aussi parce que c’est l’occasion de rester tous ensemble sur un même travail.
Dessin élèves

Un travail similaire pour tout le monde permet de réunir les élèves.

C’est toujours plus sympathique, surtout les années où on a un cours multiple. En effet, il est parfois difficile de trouver des activités communes aux différents niveaux de classe.

Cette organisation permet des moments plutôt calmes une fois que l’activité est lancée (si, si, on peut faire de l’art plastique dans le silence, c’est très reposant pour tout le monde d’ailleurs).

Le bilan

La conclusion de la séquence se fait soit juste après le rangement de la salle, soit un peu plus tard (si le travail doit sécher par exemple). Je montre à la classe certains travaux et je demande aux volontaires de réexpliquer ce qu’ils ont fait et pourquoi.

Travaux élèves

A la fin de la séquence, les élèves peuvent partager leurs travaux.

Ils ont le droit de dire ce qu’ils ont trouvé facile ou plus compliqué, ce qu’ils pensent avoir réussi ou pas, et de pointer les différences entre les résultats obtenus.

En revanche, on ne dénigre pas le travail des autres, ni le sien. Si une consigne n’a pas été respectée, on peut le faire remarquer mais de façon courtoise et lorsque ce non-respect a compromis la qualité du résultat, on doit toujours expliquer comment on pourrait améliorer le travail.

Une galerie d’art qui inspire

Des collègues se servent de mon travail dans presque tous les niveaux, de la GS au CM, même s’il est plus spécifiquement conçu pour des CP-CE1.

Les résultats ne seront pas immédiatement aussi beaux que certaines productions très guidées que l’on peut voir dans d’autres classes ou sur Pinterest, mais les élèves auront gagné en autonomie et en savoir-faire.

Dessin2

CP, d’après la séance sur Cocteau « Portraits de profil »

création papillons

CP, d’après la séance « S’initier au coloriage »

Matisse et découpage

Cycle 2, d’après la séance sur Matisse et le découpage

Impression soleil levant

Cycle 2, crayons de couleur, d’après la séance « Impression soleil levant »

Représenter un paysage 1

Cycle 2, paysage à la craie grasse d’après la séance « Représenter un paysage »

Alors, si les arts visuels vous font peur, que vous manquez de temps ou que vous ne savez tout simplement pas trop quoi faire et que vous vous retrouvez chaque fois à chercher une idée au dernier moment pour les séances de pratiques artistiques, n’hésitez plus, vous avez là 30 séances déjà prêtes à l’emploi !

J'ai des élèves, des chats, un blog et une vie de famille tous aussi passionnants. J'adore le dessin et la peinture, en pratique comme en théorie. J'illustre aussi des livres.

Crédits photo : Phi – Pixabay – Diego Velázquez  via Wikimedia Commons

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